Archives
Année courante

Hans Eichenberger

Hans Eichenberger
© BAK / Gina Folly

Hans Eichenberger
© BAK / Gina Folly

Hans Eichenberger, SAFFA, chaise, 1955 © Hans Eichenberger, Herrenschwanden ( courtesy Design Center Langenthal, Hans Eichenberger )
© Hans Eichenberger

Hans Eichenberger
© BAK / Gina Folly

Hans Eichenberger
© BAK / Gina Folly

Hans Eichenberger
© BAK / Gina Folly

Hans Eichenberger, Anti, fauteil, 1970 © Hans Eichenberger, Herrenschwanden ( courtesy Design Center Langenthal, Hans Eichenberger )
© Hans Eichenberger

Hans Eichenberger
© BAK / Gina Folly

Hans Eichenberger
© BAK / Gina Folly

Hans Eichenberger pour BIGLA AG, Model 70, chaise, 1952 © Hans Eichenberger, Herrenschwanden ( courtesy Design Center Langenthal, Hans Eichenberger )
© Hans Eichenberger

Hans Eichenberger
© BAK / Gina Folly

Hans Eichenberger
© BAK / Gina Folly

Hans Eichenberger
© BAK / Gina Folly

Hans Eichenberger, salle du Conseil de la Banque nationale suisse, 1981 © Hans Eichenberger, Herrenschwanden ( courtesy Design Center Langenthal, Hans Eichenberger )
© Hans Eichenberger

Hans Eichenberger
© BAK / Gina Folly

Hans Eichenberger, 1926

Designer de meubles et architecte d’intérieur

Hans Eichenberger est un designer de meubles et un architecte d’intérieur établi à Herrenschwanden, près de Berne. Après avoir terminé son apprentissage de menuisier, il part pour Paris, où il fréquente au début des années cinquante un milieu culturel dynamique qui marquera fortement sa vie et ses créations. De retour en Suisse, il construit une oeuvre qui exerce un indéniable impact sur l’histoire du design suisse du 20e siècle. Que ce soit dans le cadre de ses collaborations avec Trix et Robert Haussmann, Kurt Thut, teo jakob, Alfred Hablützel ( sous le label « Swiss Design » ) et Atelier 5, ou dans le cadre de ses travaux pour des clients comme la Banque nationale suisse, le Kunstmuseum de Berne ou les CFF, les nombreux projets d’Eichenberger sont indissociablement liés à la construction de la Suisse moderne. Son oeuvre fait partie des collections du Museum of Modern Art de New York, du Vitra Design Museum de Weil am Rhein et du Museum für Gestaltung de Zurich.
La Confédération lui attribue un Grand Prix suisse de design et reconnaît le rôle précurseur d’Hans Eichenberger dans l’histoire du mobilier et du design d’intérieur suisses du 20e siècle ainsi que son influence sur plusieurs générations de designers en Suisse comme à l’étranger. Avant ce Grand Prix, Hans Eichenberger avait déjà remporté un Prix suisse de design en 1954, en 1957 et en 1958. Il a été expert pour le Concours suisse de design de 1977 à 1983.

Essai

Hans Eichenberger est distingué par un « Grand Prix de design » de la Confédération à l’âge de quatre-vingt-dix ans. Mais comme le lauréat est heureusement en bonne forme et paraît moins que son âge, cette distinction donne l’impression de n’être pas si tardive que ça. Hans Eichenberger a non seulement créé plus de cinquante chaises et autres meubles, dont nombre de modèles continuent aujourd’hui de se vendre, le designer a aussi été toute sa vie un architecte d’intérieur engagé soucieux d’améliorer les espaces de vie.
C’est pourquoi l’oeuvre d’Eichenberger n’est pas un inventaire de sièges mais le résultat d’une pensée et d’un acte créateur qui forment chez lui un tout.
Je connais Hans Eichenberger depuis des dizaines d’années et c’est à lui que je dois ma compréhension du design et des exigences du métier. Eichenberger aime à se décrire comme un « designer non académique ». Il fait allusion à son apprentissage de menuisier et à sa formation à l’Ecole d’arts industriels de Langnau. Ça, il faut le lui laisser, d’autant plus que ses collègues designers et ses fidèles donneurs d’ouvrage porteront l’ancien menuisier en haute estime tout au long de leur fructueuse collaboration. Après son apprentissage de menuisier — une plongée dans le « pur moyen-âge » selon ses propres mots — et plusieurs stages de dessinateur, Eichenberger part pour Paris. Il y trouve du travail chez Marcel Gascoin, un architecte d’intérieur et designer ayant pignon sur rue. C’est de lui qu’est cette devise devenue célèbre « Il faut adapter le contenant au contenu ». Dans le studio de Gascoin, Eichenberger travaille essentiellement sur des programmes d’ameublement dans le cadre de la reconstruction des villes du Havre et de Rouen dévastées par les bombes. Il en conçoit peut-être comme une responsabilité et le sentiment d’avoir à créer un design fait pour durer, souligne-t-il aujourd’hui encore.
Un de ses premiers clients importants a été la maison BIGLA AG, pour laquelle il conçoit après 1950 deux chaises en tube d’acier, qu’il avait originellement prévu de réaliser en bois. Y compris une chaise de jardin dont l’assise est composée de deux lattes identiques à celle qui forme le dossier. Ce n’était pas là une simple idée de menuisier, cette inspiration est pour l’inventif designer le début d’une longue série d’ingénieuses constructions.
Dans les articles spécialisés et les dictionnaires de design, Eichenberger est volontiers décrit comme un maître de la forme simple et épurée.
Croire qu’Eichenberger recherche toujours la solution la plus simple, à la façon d’un puriste, c’est ne pas voir que c’est souvent la plus astucieuse qu’il veut trouver.
1955 est l’année de la création de la chaise SAFFA — qui reste aujourd‘hui encore le modèle préféré d’Eichenberger. On a plaisir à l’écouter expliquer la combinaison intelligente des deux tubes en acier chromé constituant le piètement et les accoudoirs. Entourer le dossier de jonc est pour lui la façon la plus évidente et la plus naturelle de faire tenir ensemble les tubes. On voit bien ici son souci de marier intelligence technique et haute esthétique. Peu après il forme un premier partenariat avec teo jakob à Berne. A partir de 1950, celui-ci opère la transformation progressive de l’entreprise paternelle traditionnelle de meubles rembourrés et d’aménagement intérieur en ce qui deviendra un magasin moderne d’ameublement. Hans Eichenberger y fait la connaissance de Kurt Thut, qui a transformé la maison. Robert Haussmann, qui fera bientôt partie du cercle de teo, est également présent à l’inauguration. Sous l’égide de teo jakob, les trois compères lancent l’idée d’une collection commune de meubles sous le nom « Swiss Design ».
C’était du marketing « avant la lettre » et cela a favorisé la vente de modèles des trois designers. Eichenberger a un jour franchement avoué que le fait de collaborer à la collection « Swiss Design » l’avait aussi enthousiasmé parce qu’il était beaucoup plus facile d’être moderne en travaillant avec de l’acier qu’avec du bois. Et ce malgré les mises en garde répétées de teo : « Eh, les mecs, n’oublions jamais le bois. »
Dans les années 1960, Eichenberger commence sa carrière de designer pour les fabricants les plus en vue de meubles suisses comme Dietiker, Strässle, de Sede, Röthlisberger et WOGG. Dans ces entreprises, les propriétaires et les chefs étaient à l’époque responsables de l’assortiment et avaient des exigences élevées en matière de qualité et d’innovation. Eichenberger conçoit régulièrement pour eux des chaises et d’autres pièces d’ameublement en tant que partenaire d’égal à égal partageant les mêmes idéaux.
La dénomination correcte de la profession de Hans Eichenberger est « architecte d’intérieur ASAI et SIA ». Eichenberger a d’ailleurs dès le début de sa carrière travaillé à son compte comme architecte d’intérieur et dans le cadre d’une longue collaboration avec l’Atelier 5, qui le mandatera pour nombre de ses constructions. En 1958, il fait oeuvre de pionnier en signant l’aménagement intérieur du premier magasin de livres de poche ( pour Stauffacher ), et dans les années 1970 et 1980, il aménage la direction générale de la SSR, les salles de direction et de conférence de la Banque nationale, les boutiques de mode Ciolina à Berne et à Gstaad. Le talent de designer d’Eichenberger est servi par un extraordinaire savoir-faire artisanal, ce qui fait que ses aménagements d’intérieurs ont toujours répondu à de hauts critères de qualité. Avec toutes ses compétences, il n’y a jamais eu en lui la moindre marque d’arrogance et il n’a imposé sa façon de voir que lorsqu’il le jugeait absolument nécessaire. Ses donneurs d’ouvrage, dont l’Atelier 5, ont toujours souligné sa disponibilité à analyser et à discuter ensemble les problèmes et à interroger les choses. Une fois rentré chez lui, il n’était pas rare qu’il invente encore quelque chose d’inattendu. Cette collaboration exemplaire a duré 35 ans et le Café-Bar du Kunstmuseum de Berne est aujourd’hui encore tel qu‘il l’a conçu en 1983.
Hans Eichenberger est comme la plupart de ses oeuvres—le temps n’a pas d’emprise sur elles.
J’ai vu combien il est resté jeune d’esprit lors d’un récent entretien au sujet des lampes debout qu’il avait conçues et réalisées en 1954 pour l’anniversaire de sa femme Maria. A la question de savoir pourquoi il n’avait plus vraiment créé de lampes après le succès immédiat qu’avaient connu ses lampes debout, il réfléchit un court instant et me fait : « C’est très simple : j’ai de la peine avec les choses que je ne vois pas — et l’électricité est quelque chose comme ça. » Et comme Jöggu s’exprime toujours avec précision et qu’il n’est pas quelqu’un qui se paie de mots, sa réponse énigmatique m’a fait réfléchir. Mais il y a une chose dont je suis sûr : c’était là le jeune Eichenberger, qui aujourd’hui encore, comme à chaque fois qu’une chose compliquée lui occupe l’esprit, sait la rendre toute simple par ses explications. Je souhaite à mon vieil ami de continuer à bien vieillir, en bonne santé, et de vivre encore plein de belles choses.
Christian Jaquet